Une délégation de St-Camille à Dunham : quand une visite vaut dix discours

Le 20 juin dernier, une délégation de Saint-Camille s’est rendue à Dunham afin de visiter le projet développé par Foncier solidaire Brome-Missisquoi. Cette visite faisait suite aux rencontres d’information sur Les Arpents solidaires, au cours desquelles plusieurs citoyennes et citoyens avaient exprimé le souhait de voir concrètement un projet d’habitation similaire à celui envisagé à Saint-Camille.

Les habitations bifamiliales de Foncier solidaire Brome-Missisquoi à Dunham | Crédit photo: Sylvain Laroche

À quoi ressemble l’implantation rapprochée de résidences bifamiliales? Comment s’intègre une unité d’habitation accessoire (UHA) sur un site? Quel est le profil des personnes intéressées par ce type de formule d’habitation? Pourquoi agir sur l’abordabilité à long terme et comment fonctionne l’emphytéose? La visite à Dunham était l’occasion d’éclairer toutes ces questions, en les abordant non seulement à partir d’explications, mais aussi à partir d’un lieu réel, habité et en développement.

La délégation était formée de représentants de la Corporation de développement socioéconomique de Saint-Camille et de la municipalité, de citoyens intéressés par le projet en élaboration, ainsi que de personnes qui envisagent possiblement de s’y établir.

Cette diversité de regards était importante : les Arpents solidaires ne sont pas seulement un projet d’habitation, mais une démarche collective qui touche à la fois le logement, l’agriculture, la vitalité du village, l’accueil de nouveaux ménages et l’avenir du territoire.

Une utilisation judicieuse du champ d’épuration partagé: le jardin partagé! | Crédit photo: Sylvain Laroche.

Une démarche fidèle à l’esprit des Ateliers des savoirs partagés

Cette façon de faire s’inscrit pleinement dans l’esprit des Ateliers des savoirs partagés (ASP), une démarche bien ancrée à Saint-Camille. Les ASP favorisent les rencontres entre des communautés rurales engagées dans des démarches de vitalisation.

Le projet de Dunham a permis la construction de deux bifamiliales, une unité d’habitation accessoire et un bâtiment commun sur 3 acres | Crédit photo: Sylvain Laroche

Nos amis maliens de Dégnékoro, avec qui Saint-Camille entretient des liens depuis plus de 20 ans, ont l’habitude de dire qu’« une visite vaut dix discours ». La visite à Dunham illustre à merveille l’importance du croisement des savoirs et du coapprentissage.

Pour les personnes participantes, cette sortie a permis de passer de la théorie au concret. Aller voir ce qui se fait ailleurs permet de revenir chez soi avec une meilleure capacité à discuter d’enjeux et de solutions collectives à envisager.

Partager ses expériences et construire des solidarités, des ingrédients à la base de la « pédagogie de la visite’ » utilisée par les ASP | Crédit photo: Sylvain Laroche

Constater une densité douce en milieu rural

La visite a d’abord permis d’observer l’effet d’une implantation rapprochée des résidences.

Pour Les Arpents solidaires, cet élément est central: Comment créer un milieu de vie agréable tout en évitant l’étalement? Comment regrouper les habitations de manière à réduire les coûts d’infrastructures, préserver les espaces agricoles et favoriser les liens de voisinage?

Unité d’habitation d’accessoire (UHA) de 900 pi2 construite par Foncier solidaire à Dunham | Crédit photo: Sylvain Laroche

À Dunham, la délégation a pu mieux visualiser ce que signifie une densité douce, adaptée à un milieu rural. Sur deux terrains totalisant trois acres, le projet accueille deux résidences bifamiliales, une UHA ainsi qu’un bâtiment commun d’une dimension comparable à celle d’une UHA.

La délégation a pu voir les espaces, constater que la proximité des maisons peut contribuer à créer un ensemble cohérent, puis poser des questions sur les relations de voisinage et sur les moyens mis en place pour les nourrir et les préserver.

Espaces de vie à l’étage dans l’UHA | Crédit photo: Sylvain Laroche

Des questions de fond sur l’abordabilité

La visite a également permis d’aborder des enjeux de fond. Quelles sont les grandes tendances qui nuisent aujourd’hui à l’accès à la propriété? Comment apporter une réponse concrète pour garantir l’abordabilité dans le temps? Est-ce qu’une voie médiane est possible entre la location et la propriété privée traditionnelle?

L’histoire de Foncier solidaire, le modèle développé et la vie de voisinage: des discussions riches à Dunham | Crédit photo: Sylvain Laroche

Jean-Philippe Vermette et Élyse Cardinal ont généreusement présenté le développement de la formule mise en place par Foncier solidaire Brome-Missisquoi. Le modèle repose notamment sur l’emphytéose, c’est-à-dire une séparation entre la propriété du sol et l’usage résidentiel. En maintenant le terrain à l’abri de la spéculation, cette structure vise à préserver l’abordabilité des habitations à long terme, tout en permettant aux ménages d’habiter un lieu de façon stable, durable et enracinée dans leur communauté.

Ce modèle ouvre une réflexion importante : l’habitation peut-elle être pensée autrement que comme un simple investissement individuel? Peut-on imaginer une forme d’accès à la propriété qui permette aux ménages de s’établir durablement, sans que la revente future ne nuisent aux valeurs et objectifs initiaux du projet?

Répondre aux besoins de la communauté et imaginer de nouveaux modèles : un chemin facilité par le partage d’expériences | Crédit photo: Sylvain Laroche

Une étape importante pour Les Arpents solidaires

Pour Saint-Camille, d’autres questions s’ajoutent à celles abordées par Foncier solidaire Brome-Missisquoi. Comment préserver une activité agricole réelle sur le site? Comment concilier la proximité résidentielle, l’accès à la terre, les infrastructures partagées et la qualité du paysage? Comment faire en sorte que l’habitation soutienne la vitalité agricole et communautaire du territoire?

L’expérience de Dunham montre qu’il est possible d’imaginer autrement l’habitation abordable en milieu rural. Cette visite aura permis de rendre plus tangible un modèle encore nouveau pour plusieurs personnes, et de nourrir une réflexion collective sur ce qui pourrait être souhaitable et porteur pour Saint-Camille.

À Saint-Camille, il reste maintenant à définir collectivement la forme que cette ambition pourrait prendre, afin qu’elle réponde aux besoins actuels et futurs de la communauté, tout en demeurant fidèle à l’identité du village.

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